Jean Liedloff et le concept du continuum (4)

Femme vietnamienne travaillant avec un enfant dans le dos

Jean Liedloff (1926 – 2011) est l’auteure du Concept du continuum, à la recherche du bonheur perdu (The Continuum Concept, In Search of Happiness Lost), un ouvrage publié en France par les éditions Ambre, et une véritable révélation pour de nombreux parents dans le monde.

Le concept du continuum couverture

Voici un troisième et dernier extrait de l’interview que j’ai pu réaliser d’elle en 2008, le premier étant ici et la suite là.

Dans notre culture, nous sommes très souvent séparés de nos enfants, pour le travail par exemple.

Jean Liedloff : Je crois qu’il serait temps d’apprendre à emmener nos enfants au travail. La plupart des employeurs n’accepteraient pas actuellement. Mais si nous faisions ce qu’il faut, tout se passerait bien et les petits seraient heureux ; ils ne crieraient pas ou ne courraient pas partout et personne ne serait dérangé. Une mère pourrait placer son bébé sur elle et s’asseoir à son bureau, mais il faudrait que l’enfant soit contre son corps, pas dans un couffin posé sur le bureau. Il suffirait simplement d’éliminer de temps à autre l’excès d’énergie que la mère comme l’enfant accumulent, si leur position est plutôt statique. La mère pourrait se lever de temps en temps et marcher un peu, voire faire le tour du pâté du maison à l’heure du déjeuner ou encore confier son petit à un collègue qui doit se déplacer un peu. Pour ceux qui ont un emploi moins statique, que ce soit à l’usine ou dans une ferme, par exemple, il y a plus de mouvement et donc d’occasions d’éliminer cet excès d’énergie. Les enfants seront alors plus détendus.

« Certains ont la chance de pouvoir emmener leurs bébés à leur travail, mais c’est quelque chose qui devrait être plus qu’une chance, cela devrait constituer la norme.« 

J’ai vu une photo d’une usine africaine où des femmes étaient assises les unes contre les autres sur des bancs, toutes affairées, et chacune d’elle portait un bébé dans son pagne ! C’est comme cela qu’on va travailler là-bas. On peut trouver des solutions pour tout concilier. Je me souviens d’une femme, qui a sans doute été la toute première mère « continuum » en Angleterre. Elle avait une société de cartes de vœux et est allée travailler avec son aîné, porté sur le dos. Elle m’avait également envoyé une photo d’elle, avec son bébé, sur un cheval. C’était un bon exemple de continuum mis en pratique.

Pour l’instant, certains ont la chance de pouvoir emmener leurs bébés à leur travail, mais c’est quelque chose qui devrait être plus qu’une chance, cela devrait constituer la norme. Si nous comprenions ce que notre absence coûte au bébé, si nous réalisions la privation que cela représente de le laisser, nous ferions autrement. C’est moins grave si d’autres personnes s’occupent vraiment du bébé, mais lorsque celui-ci est avec sa mère, elle aussi bénéficie du contact permanent. C’est primordial pour le lien mère-enfant. Comme c’est dommage de voir ces enfants laissés dans une « boîte » (couffin ou autre) ou dans un parc, qui les empêchent de se déplacer. Les institutrices disent souvent qu’elles ne peuvent pas emmener leurs enfants, mais ils seraient tellement mieux dans la classe eux aussi ! Il y a tant de situations où il ne serait pas très compliqué de venir avec un enfant. Même si notre culture fait qu’on ne s’attend pas à ce que l’on aille travailler avec un bébé, c’est pourtant ce qui serait le plus naturel.

(Photo : femme vietnamienne travaillant avec un enfant dans le dos, Image by Minh Can Dao Phan from Pixabay )

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